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UN PIC INACCESSIBLE

scientifique à laquelle il est intéressé, est à son tour un alpiniste, est contaire aux premiers principes de la logique, et j’espère que cette idée ne se généralisera jamais. On est libre d’admettre que la science a une valeur sociale plus grande que le sport, mais cela n’altère en rien le fait que l’alpinisme est un sport, et son titre ne devra jamais être converti en géologie, botanique, topographie et autres mots finissant en « ie ». On nous reproche comme un crime que la technique de notre sport ait fait de rapides progrès, mais je répondrai qu’en réalité il n’y aurait pas là matière à reproches mais plutôt à félicitations. L’idéal des premiers grimpeurs était d’égaler l’habileté de leurs guides, et j’espère que ce sera longtemps encore l’idéal que nous aurons devant nous. Une terminologie qui suggérerait l’idée que plus un homme approche de ce but, plus il voit croître son talent de grimpeur et plus il est près de cesser d’être un alpiniste, se condamnerait d’elle-même, et doit être sans remords éliminée de la littérature alpine.

De nombreux montagnards seront très probablement d’accord avec moi que, dans la montagne, le charme du paysage se trouve il, chaque pas gagné sur le monde d’en haut. L’étrange succession des neiges, des rochers d’une arête dans leur grandiose nudité, de la crevasse large, bleues, aux franges de glace, des grandes dalles lisses aux pentes à pic vers l’espace qui apparaît sans fond, tout cela, en détail comme dans l’ensemble, n’est pas moins admirable que l’horizon sans fin du panorama des sommets. Les soi-disants montagnards ne saisissent pas ce fait pourtant essentiel. Pour eux le vrai chemin d’une montagne, c’est le chemin le plus facile, et toutes les autres routes sont de mauvaises routes. Ils vous diront, pour prendre exemple d’un pic connu, que si quelqu’un va au Cervin pour le plaisir de la vue, il ira par la route