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rendue à Moscou. Ses impressions sont les premières qu’on ose citer, mais Mlle Weiss ne m’en voudra pas trop, je l’espère, de dire que si sa sensibilité féminine a vibré devant les misères de la famine, nous ne tenons pas encore d’elle une information très précise sur les dirigeants de la République soviétique et sur leur œuvre.

Nous avons, mes compagnons et moi, vécu deux grands mois avec ces hommes. Pas assez pour les connaître à fond. Suffisamment pour nous faire de leur valeur une opinion.

J’essaierai de camper les silhouettes de quelques-uns d’entre eux au moins. Je l’essaierai sans prétention. On n’étudie pas en neuf semaines la Russie ni les Russes, mais, dans l’état d’ignorance où nous vivons, toute contribution est utile et celui qui a vu tant soit peu est coupable de ne pas raconter. Ce livre est un livre de bonne foi. Certaines des appréciations qu’il contient pourront choquer. On ne refusera pas, j’espère, à son auteur, la loyauté intellectuelle à laquelle il croit avoir le droit de prétendre.

Je l’ai écrit avec l’unique désir de corriger des erreurs et de détruire des légendes.

Sans souci de plaire ou de déplaire à tel ou tel, je me suis inspiré de ces mots prononcés, au cours du Congrès de Moscou, par Trotski :

« Celui qui vient ici chercher des arguments contre le communisme est un adversaire que nous devons combattre. Celui qui ramasse ici des impressions pour faire de nous ensuite un éloge enthousiaste est un mauvais communiste. »

Si je réussis, en exposant tout simplement ce que j’ai vu et entendu, à dissiper le trouble de quelques consciences inquiètes, à détruire des haines préconçues, à rallier même — qui sait ? — des sympathies qui s’ignorent, je m’estimerai heureux d’avoir apporté, dans la mesure de mes forces, un faible concours au mouvement le plus prodigieux que, depuis la Révolution française, l’histoire aie vu s’accomplir pour la libération des hommes.