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de mauvaises intentions, il n’est pas difficile de prendre des vues de la Russie Soviétiste actuelle qui, dans leur ensemble, feront grand plaisir à n’importe quel bourgeois réactionnaire. La révolution consiste à détruire pour construire du nouveau. Pour comprendre la révolution dans ses côtés élevés comme dans ses côtés sombres, il faut la prendre dans sa nécessité interne, dans la lutte de ses forces vives, dans la suite logique de ses étapes. Je ne veux aucunement dire par là que la révolution soit infaillible. Mais pour comprendre ses fautes, de même que ses conquêtes fécondes, il faut un horizon historique étendu.

Lorsque nous entreprîmes de créer une armée, il se trouvait encore en Russie un groupe important d’officiers français ; ils furent témoins des premiers efforts militaires de la Russie des Soviets. Ils considéraient ces efforts avec un extrême scepticisme. Je n’en doute pas, leurs rapports à Paris devaient toujours aboutir à cette conclusion : il n’en sortira rien. Ces petits bourgeois en uniforme ne voyaient dans la révolution que destruction, cruauté, désordre et chaos. Tout cela fait en effet partie de la révolution. Mats il y a dans la révolution quelque chose de plus grand ; elle éveille à la vie des millions d’hommes dans les masses populaires arriérées, elle les arme de grands buts politiques, elle leur ouvre des voies nouvelles, elle suscite en eux l’énergie sommeillante. Voilà pourquoi la révolution accomplit des miracles. Il semblerait que tout cela n’est plus à démontrer à un peuple qui a dans son passé la Grande Révolution :

Bien souvent, au cours de ces dernières années, j’ai songé à étudier la presse anglaise de l’époque de la Grande Révolution française, les discours des ministres d’alors et de leur domesticité politique, des Clemenceau et des Hervé d’alors, afin de comparer la