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eau s’en échappent, et saturent l’atmosphère du pavillon, désagréables d’abord à l’odorat, puis peu à peu imperceptibles, grâce à la force de l’habitude.

Au comptoir établi tout contre la source, les baigneurs défilent chaque matin pour prendre leur verre et le remplir des tièdes bouillons du flot. Et tout le monde boit sa verrée, d’aucuns revenant une fois, deux fois à la charge. Non sans grimace, d’habitude : l’eau de Mondorf est tiède, salée, âcre, et on ne l’absorbe pas, les premiers jours, sans se sentir le cœur soulevé de dégoût.

Fernand même, à la première tentative, faillit se décourager. La faiblesse de son estomac répugnait à l’absorption de la verrée d’eau qu’on lui avait présentée, et il tenta d’ajourner l’écœurante expérience. Mais les baigneurs qui l’entouraient ne le lui permirent pas. Ce n’était, disaient-ils, qu’une nausée à risquer et, comme en toute chose, il n’y avait que le premier pas qui coûtât. L’un de ces messieurs racontait qu’il avait eu, le jour de la première absorption, une difficulté inouïe et que, dès le lendemain, l’eau lui paraissait toujours fade, à la-vérité, mais plus du tout désagréable. Et Fernand, se laissant convaincre, ferma tout à coup les yeux et vida le gobelet jusqu’à la dernière goutte. Son visage pâlit affreusement et se contracta dans un rictus de dégoût ; un frisson lui courut par tout le corps….

Mais ce fut tout. L’eau ne laissant aucun arrière-goût à la bouche, il comprit que la difficulté n’était pas insurmontable, et il salua en souriant, pour les mercier, ceux qui l’avaient encouragé et qui apreandissaient à son intrépidité.