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rappeler brusquement ce départ, décidé à l’improviste le matin même.

D’ordinaire, M. Dubreuil ne quittait Paris qu’à la dernière extrémité, aux derniers jours de juillet : et voici que cette année, à la mi-mai, il parlait des préparatifs des vacances. Quel mystère pouvait cacher cette dérogation aux habitudes si régulières de son père ? Peut-être la santé de Marcelle inspirait de nouvelles inquiétudes au docteur… Mais oui, il avait pris un air si mystérieux tout à coup, pour entretenir M. Dubreuil lors de sa dernière visite.

Pauvre petite !… Et Raymonde, laissant sa pensée retourner bien loin dans le passé, songeait, tandis qu’une larme roulait furtive sous sa paupière.

M. Dubreuil était le fils unique d’un riche agronome de la Touraine. Après avoir brillamment passé l’épreuve du baccalauréat, il était venu à Paris où il avait poursuivi l’étude du droit, conquérant rapidement ses diplômes. Le jour même où il était reçu avocat, comme il se préparait à en écrire la bonne nouvelle au pays le télégraphe l’avait informé de la mort de son père.

Il avait songé d’abord à réaliser sa fortune, à mettre en vente ces propriétés devenues siennes et que son père faisait lui-même valoir depuis si longtemps. Mais bientôt, sur les conseils du régisseur qui avait, durant vingt ans, servi son père avec une rare fidélité, il y renonça. Oubliant, peu à peu, ses rêves d’autrefois, il s’était appliqué à l’étude de cette science si fertile de l’agronomie, et bientôt s’était fait la réputation d’un homme de grand savoir.

À trente ans, il avait épousé une des plus riches héritières de Tours, bonne et charmante créature