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tirant par la main des enfants bousculés dans la cohue, marchaient, accompagnaient de loin le pèlerinage, priant haut et clair ou s’interrompant tout à coup pour s’attarder aux plaintes de leurs petits, inquiètes de savoir si elles parviendraient à entrer dans l’église déjà pleine.

Et tandis que les chantres continuaient les strophes lentes de leur hymne à la Vierge, la phrase du rosaire reprenant son allure saccadée : Heilige Maria, Mutter Gottes… un remue-ménage commença tout à coup sur la place au-delà de la foule massée. Des femmes avaient aligné de longues tables, doux planches échafaudées à la hâte sur des tréteaux, et y dressaient des couverts. Ici, d’interminables files de bols blancs, commandées par le lourd chaudron aux flancs brillants dans lequel bouillait un fleuve de café léger ; là des amoncellements de brioches, de petits pains, de saucissons ; plus loin des éventaires de marchandes de fruits secs, de charcuterie, de sucre d’orge. Les tables étaient encore désertes, mais à l’agitation des femmes qui en avaient réglé l’aménagement, il était facile de prévoir qu’elles seraient tout à l’heure prises d’assaut.

En effet, déjà la première procession disparaissait au détour de la rue pour entrer à l’église, suivie d’une autre plus nombreuse qu’accompagnait, une société chorale. Un cantique allemand, chanté par près de cent voix mâles, dominait tous les bruits. Puis succéda le défilé d’une procession d’hommes marchant dans un ordre parfait, les ouvriers d’une importante fabrique des environs, conduits par leur directeur et priant eux aussi à haute voix, tandis que la fanfare faisait vibrer en cadence l’éclat de ses cuivres puissants.