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toi, père modèle. Je suis un célibataire trop endurci pour que tu puisses craindre de trouver en moi l’étoffe d’un ravisseur. Je grisonne, ô père jaloux, et te laisserai ta fille. Je te déclare enfin, ô vil réactionnaire, que je ne suis pas prêt à trahir la République pour entrer dans ta famille, un nid de l’ancien régime…

Tout le monde éclata de rire dans le salon. Seul, M. Dubreuil se contenta de sourire. C’est qu’il ressentait un étrange malaise, ce père aimant et dévoué, quand le hasard de la conversation ramenait on son esprit la pensée qu’un jour il lui faudrait se séparer de ses filles. La maladie menaçait de lui ravir Marcelle : il luttait pied à pied pour rendre vaines ses attaques. Mais si l’amour maintenant, venant à s’en mêler, allait se mettre contre lui et essayer de lui prendre Raymonde, serait-il de force à combattre ?…

Il chassa bientôt cependant ces pénibles pensées et se remit promptement de son mouvement de faiblesse.

— Tu n’attends pas sans doute, beau républicain, répondit-il en contrefaisant l’ironie de Florian, que je m’émeuve outre mesure de tes spirituelles injures. Je courrais trop le risque de nous brouiller à mort : auquel cas jo perdrais tout le plaisir que j’aurai de te recevoir là-bas, quand tu viendras visiter Mondorf.

Car je compte sur cette visite : non pas seulement qu’elle me procure l’agréable perspective de serrer la main à un vieil ami, mais encore — pardonne-moi d’être aussi intéressé — parce que personne mieux que toi ne saurait venir me donner des nouvelles de mes amis et des œuvres dont j’ai