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les Dubreuil. Raymonde semblait fuir son père, vivant enfermée avec Marcelle, pleurant avec la pauvre enfant qu’elle accablait de caresses et de baisers. Chère petite !… Faudrait-il donc, après dix années de paix et d’amour, et à l’heure même où la santé revenue enfin lui permettait de jouir de l’amitié de sa grande sœur, faudrait-il qu’alors elle fût à jamais ravie à ceux qui la chérissaient ! Fernand, tout à l’heure guéri, viendrait la réclamer, et l’on ne pourrait refuser de la lui rendre. Certes, il la réclamerait. Repoussé par Raymonde quand il s’était présenté en suppliant, il reviendrait tantôt en maître redemander sa sœur. Il la prendrait, obéissant à ses devoirs de chef de famille, et la conduirait loin, loin du foyer qui avait recueilli son enfance…

Et les larmes recommençaient de couler.

Quant à M. Dubreuil, les révélations de la bohémienne l’avaient atterré, et les quelques heures qui avaient suivi l’audience des assises, avaient suffi à le rendre méconnaissable. Seul dans sa chambre, tandis qu’il méditait et priait, de furieuses envies le prenaient d’aller chercher Marcelle et de l’emmener avant qu’on la lui ravît. Mais bientôt la vérité réclamait ses imprescriptibles droits, et il cédait à la fatalité. Un morne abattement survenait alors, et le vaillant homme restait des heures terrassé, sans une parole, sans un mouvement.

Seul son ami Florian pouvait le tirer de cette torpeur. Courageusement, il lui jetait son devoir à la face, le défiant de reculer. Le devoir était dur. Mais serait-ce le devoir, s’il ne l’était pas ? Sous le prétexte de garder contre son cœur cette enfant qu’il avait recueillie, puis aimée, oserait-il la disputer