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dans sa morne tristesse. Et une fois encore défila dans son esprit tout le roman de son amour malheureux. Quels doux espoirs, d’abord, quel rêve charmant, et puis quelle désillusion ! Mais cette grande tristesse était encore dominée par la douleur que lui avait causée cette révélation inattendue : Raymonde appartenant à un autre, qu’elle aimait, dont elle était aimée, peut-être. Et de nouveau l’âpre aiguillon de la jalousie le mordait au cœur. Il avait beau faire, se tendre, se raidir contre ce sentiment lâche et mauvais : il ne pouvait s’en défaire, s’estimant heureux déjà de pouvoir se commander de n’en rien laisser paraître.

Dans la matinée du lendemain, comme il traversait un salon de l’hôtel, il entendit prononcer le nom de Mlle Dubreuil. Feignant de vouloir prendre l’heure à la pendule pour régler sa montre, il se rapprocha de la cheminée devant laquelle était assise la dame qui parlait de Raymonde. Il lui entendit ainsi dire que la famille Dubreuil était partie le matin, à la première heure, pour assister aux débats d’une affaire de cour d’assises. Le Parisien nouvellement arrivé les accompagnait…

— Mais dites-moi, ajouta la dame à la cantonade, qu’est donc cet étranger que M. Dubreuil n’a jugé à propos de présenter à personne ici ? Est-ce un ami… ou un parent ?….

— Je ne sais, répondit quelqu’un. On prétendait hier soir que c’était le fiancé de Raymonde,…

Fernand sentit encore une fois se rouvrir la plaie vive de son cœur. Il ne s’était pas trompé. Il n’avait point été seul à deviner le mystère que cachait mal l’arrivée inopinée de ce Parisien. C’était le fiancé de Raymonde ; on le disait couramment, on en