Page:Moressée - Un mariage à Mondorf, 1887.djvu/250

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 246 —

talonné par le besoin de nourriture, il aperçut de loin Raymonde venant par l’allée au bras d’un étranger. C’était donc là le mystère ! Il était aisé maintenant de s’expliquer le refus par lequel la jeune fille avait répondu à ses avances. Elle s’était engagée par ailleurs et son cœur était pris : comment n’avait-il pas pensé à la possibilité d’une situation si naturelle ? Certes, Mlle Dubreuil était assez riche et assez belle pour être recherchée : son tort à lui avait été de se présenter trop tard…

Il essayait ainsi de se faire illusion à lui-même. Mais il n’y parvenait guère. En voyant Raymonde, il avait été mordu an cœur par une ardente jalousie. Et maintenant, la curiosité lui venait de savoir quel homme on lui préférait. Vite, il traversa la pelouse et se cacha derrière la muraille de verdure que la haie étend entre le potager et le parc. Il fut bientôt édifié. L’homme qui passait au bras de Raymonde était d’âge mur, la barbe poivre et sel décelant le nombre des années.

— Vrai, ma chère Raymonde, disait-il, je ne saurais te dire la joie que je ressens à me retrouver auprès de toi. Vous me manquiez et j’errais à Paris comme une âme en peine…

Fernand était abasourdi, littéralement. Comment ! Mlle Dubreuil permettait à cet homme de la tutoyer ?… Maintenant, c’était bien fini, et son sort était irrémédiablement fixé. Il ne lui restait plus qu’à se mettre courageusement en devoir de déchiqueter son cœur et d’en extirper ce fatal amour, condamné sans appel…

Tandis que le malheureux jeune homme rentrait dans sa chambre pour pleurer sur son rêve envolé, M. Dubreuil rejoignait à la source l’ami Florian,