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cher ami. Paris est absolument vide, le boulevard donne une idée assez exacte du Sahara, on n’y rencontre personne… Mais voyons, dis-moi, es-tu satisfait de ton séjour ici ? Et d’abord, comment va la chère petite ?

— Guérie, mon ami, radicalement guérie. Mais ce n’est ni le temps ni le lieu de te raconter tout cela. Tu dois avoir besoin de repos. Demain, nous aurons toute la journée à nous pour nous faire nos confidences.

Un dernier hourrah avait retenti pour saluer le bouquet qui s’allumait là-haut, et les baigneurs s’étaient hâtés de rentrer à l’hôtel.

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Oh ! l’horrible nuit qu’avait passée Fernand ! Le soir, au kursaal, en entendant M. Dubreuil prononcer son arrêt, il avait cru s’évanouir d’abord, dans l’effondrement subit et inattendu de ses chères espérances. Puis, tout à coup, une fièvre ardente lui était montée au cerveau et il s’était enfui en courant, traversant le parc au hasard, s’arrêtant un moment devant la grande pièce d’eau qu’il regardait d’un œil étrange, reprenant bientôt sa course insensée. Soudain, il s’était retrouvé dans le petit coin discret et mystérieux où il s’était si longtemps assis. Il se laissa tomber comme une masse inerte sur la banc de bois, et se mit à regarder autour de lui, comme hébété. Au dessus de sa tête, la voie lactée, étincelante sur le bleu magique du ciel, tamisait une clarté douce. Autour de lui, le vert érable, les accacias familiers dont la brise agitait les feuilles, semblaient secoués d’un frisson de pitié et compatir au chagrin de leur ami. Plus loin, à ses pieds, le ruisselet chantait encore son murmure, triste maintenant dans sa monotonie désolée.