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ses intentions ! lit quel malheur de ne pouvoir le lui faire savoir. Que penserait-il d’elle, après ce refus ? Le pis qu elle y risquât était qu’il se fît une idée très fausse de son caractère et de sa sensibilité : elle serait méconnue de lui ; il la jugerait mal…

Elle en était navrée, car elle faisait le plus grand cas maintenant de l’opinion de M. Darcier ; mais ce qui lui était le plus douloureux, c’est qu’au surplus elle allait mortifier ce pauvre jeune homme qui le méritait si peu, et, de sa part à elle, encore bien moins !

A quelle triste extrémité la réduisait l’observation de son devoir ! Il fallait qu’elle affligeât, qu’elle froissât une personne qui la choisissait entre toutes, et à qui, à tous égards, ne fût-ce que par probité, elle croyait devoir sa considération la plus distinguée. Comment s’étonner, après cela, qu’elle eût du chagrin et qu’elle éprouvât je ne sais quelle naïve et lamentable jouissance à pleurer, comme un enfant qui désespère du lendemain, s’imagine être abandonné du ciel et se croit voué au malheur !…

Pauvre Raymonde ! Elle n’eut même pas cette triste consolation de laisser longtemps couler ses larmes. Elle entendit Marcelle qui venait par le corridor, en chantonnant, la chercher sans doute, car il était temps de s’apprêter et de faire toilette pour aller au concert. Au concert, à la fête, tandis qu’elle eût été si bien là, dans sa, chambre, pour interroger son pauvre cœur et le consoler…

Cependant, Marcelle allait ouvrir la porte. Vite, Raymonde défit son corsage et, courant à son lavabo, feignit d’être fort occupée à se laver le visage. Oh ! que cette eau était fraîche et lui faisait de bien, en