Page:Moressée - Un mariage à Mondorf, 1887.djvu/236

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 232 —

La jeune fille eût cru commettre une indignité. Renoncement pour renoncement, sacrifice pour sacrifice, c’était, à elle de les consentir… Au fait ! était-ce réellement un sacrifice ? Elle en voulut douter. Mais on ne se ment pas à soi-même, pas longtemps, du moins. Elle essaya pourtant ; elle se dit :

— Non ! je ne sacrifie rien !

Et puis ses yeux se mouillèrent, et contre son gré, en dépit de sa volonté, il lui fallut reconnaître que le sacrifice était réel ; plus encore, qu’il était grand !

Oui, c’était sacrifier toute une sorte de bonheur, si accessible aux autres ; renoncer à vivre sa vie, à se créer un intéreur, un nid ; le doux ménage à soi, qu’on pare et qu’on aime. Oui, c’était sacrifier toutes les aspirations légitimes de la jeune fille convenablement élevée, sage et modeste ; la joie d’affectionner un mari et d’être affectionnée par lui ; de partager ses ambitions, de l’encourager dans ses offerts, de lui rendre l’existence aimable ; la joie aussi, la suprême joie de couvrir un bébé de caresses, de l’élever, de le voir grandir, de lui faire une conscience, et de l’admirer en le chérissant.

Le mari !… Mot vague, hier encore, qui personnifiait quelqu’un maintenant ; quelqu’un qui sortait de l’ombre, par la démarche qu’à l’heure même on vouait de faire en son nom.

M. Darcier !… Fernand !…

Oui, Fernand eût été le mari qu’elle eût souhaité. Si peu qu’elle le connût, il lui inspirait confiance. Elle eût aimé s’en remettre à lui, à sa loyauté, de sa destinée tout entière, et quelque chose — elle ne savait quoi — au fond de son être, lui disait qu’il ne l’eût pas déçue.