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sa droite Raymonde, le visage encore empreint de tristesse et le front soucieux, mais admirablement belle dans un costume fort seyant de lainage sombre, relevé rà et là de dentelles assorties. Marcelle, assise vis-à-vis, de l’autre côté de la table, offrait avec elle le plus frappant contraste. Aussi blonde que Raymonde était brune, son œil bleu pétillant maintenant de malice, elle était vêtue d’une coquette blouse de foulard, dont les nuances se mariaient admirablement avec l’or de ses cheveux et le large ruban bleu qui en retenait les boucles épaisses.

Le commencement du repas fut silencieux. M. Dubreuil rapportait chaque soir, à l’heure du dîner, un appétit d’homme bien portant qu’il était indispensable tout d’abord de satisfaire. Mais quand le domestique, après avoir fait le dernier service, se fut retiré, Raymonde invita son père à leur raconter sa journée.

— Une journée bien maussade, ma chérie. J’ai d’abord perdu un temps infini à rejoindre le président de la droite parlementaire, que je désirais prévenir moi-même de notre départ. Puis il m’a fallu passer aux bureaux de l’Autorité, où j’ai porté le manuscrit de la fin de cette étude sur la question agricole, que M. de Cassagnac m’avait prié de vouloir écrire pour ses lecteurs.

J’ai eu d’ailleurs le plaisir de le trouver à son journal : apprenant que je quittais Paris, il a voulu absolument que je déjeunasse avec lui. Nous sommes allés chez Marguery et, comme nous pouvions bien nous y attendre, nous avons rencontré là quelques amis avec lesquels il a fallu faire un tour de boulevard.

Cependant, désireux de terminer aujourd’hui mes