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se donne la soirée des adieux. M. Dubreuil ne veut pas voyager le dimanche, mais il est désireux de rentrer à Paris et a fixé son départ à lundi. Il nous quittera mardi au plus tard. Si d’ici là je n’ai pas eu avec lui une entrevue décisive, voyez quelle difficulté me sera créée de la susciter ensuite. J’ai donc trois jours à peine pour me remuer ; le temps d’écrire à mon tuteur, de l’amener à faire en mon nom une démarche officielle et à demander pour moi la main de Raymonde, M. Dubreuil sera rentré à Paris.

— Que voulez-vous faire alors ?

— Vous supplier, docteur, vous, mon cher, mon seul ami, de vous charger de cette mission délicate. M. Dubreuil a en vous une confiance illimitée : vous lui direz ce que j’ai souffert, quelle résignation j’ai mise à attendre que le terme de ma maladie me permît de réaliser mon espoir, de quelle tendre affection j’aime sa fille. Il vous croira et je serai heureux….

L’excellent médecin l’avait dit lui-même : Fernand lui avait laissé lire dans son cœur comme dans un livre ouvert. Cette proposition, qui aurait pu paraître excessive à tout autre, ne le surprit donc pas outre mesure. Mais il comprit l’épineuse délicatesse de la mission dont son jeune ami voulait le charger. C’était difficile, oui vraiment, de l’accepter. À quel titre se présenterait-il à M. Dubreuil, et lui présenterait-il officiellement la demande en mariage d’un jeune homme qu’il aimait de sincère amitié, certainement, mais dont il connaissait bien peu les affaires cependant pour assumer la responsabilité d’une pareille démarche ?…

Doucement, faisant de son mieux pour ne pas