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Quand, au matin, le gai soleil entrant dans sa chambre la réveilla, son esprit se reporta sur son rêve de la nuit : il lui parut excessif et elle pleura. Plus la destinée heureuse qu’elle avait entrevue était simple en apparence, plus il lui semblait douloureux d’y renoncer. Car il le fallait bien. C’était son cœur qui lui avait suggéré cette vision de Fernand guéri : à la lumière de son jugement droit, l’illusion s’envolait maintenant, faisant place à la triste réalité, la condamnation prononcée contre le pauvre malade par la docte Faculté. Incurable ! il était incurable…

Il y avait bien, il est vrai, l’opinion toute différente de M. Petit : et certes, quand il affirmait, il était sincère. Mais lui-même ne se faisait-il pas illusion et le désir ardent qu’il avait de guérir ce malade réputé incurable et d’ajouter ainsi à sa réputation de praticien habile, ne l’amenait-il pas à laisser son propre jugement s’égarer au mirage trompeur de son brillant espoir ?

Oui, sans doute. Alors c’en était fait. Ce pauvre cœur, il fallait le contraindre à l’oubli ; ce sage bonheur entrevu la veille, il fallait y renoncer. Pauvre Raymonde !

Mais aussi, pauvre Fernand ! Car il y avait bien lieu de le plaindre, le jeune homme.

Puisque M. Dubreuil s’était ému de ce qu’il avait cru surprendre des sentiments de M. Darcier à l’égard de sa fille, c’est donc que celui-ci l’aimait. Lui qui s’y connaissait en ces choses, il n’avait pu s’y tromper. Fernand l’aimait, elle qui, à parler net, n’y voyait pas de mal, n’y trouvait aucune raison de lui en vouloir. Loin de là. Ne fût-ce que par équité, par charité chrétienne, il convenait bien