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rien à se reprocher. Elle n’avait péché ni par erreur, ni par omission, comme dit le catéchisme ; encore bien moins par intention, par volonté. Alors, quel sens fallait-il donc accorder à cette question de M. Dubreuil, qui l’avait fait tant rougir : « Que te disait-il ? »

Et que voulait-il donc que M. Darcier pût lui dire ? Que pensait-il surtout qu’elle lui eût laissé dire ? Pour qui prenait-il sa fille et de quel soupçon injurieux et sans fondement aucun allait-il les insulter tous deux ? Le moins devait, être évidemment, qu’il attribuât à ce jeune homme, avec ou sans raisons sérieuses, une prédilection marqué à l’égard de la jeune fille.

— Si c’était vrai ! fit-elle avec un mouvement d’inquiétude irraisonnée.

Et sa pensée continuait à courir vagabonde, poussée par une sorte de fièvre douloureuse, la surexcitation excessive des nerfs sans doute. Bien sûr, si M. Dubreuil avait eu le dessein d’amener sa fille à s’occuper outre mesure du malade, il n’aurait pas pu prendre, pour le réaliser, de meilleur chemin que sa vivacité de ce soir. Très avant dans la nuit, la pensée de Raymonde continua à se concentrer sur Fernand.

Petit à petit, son impression première venait à se modifier. Elle disait encore comme tout à l’heure : « Si c’était vrai ! » mais sans plus de frayeur. Car enfin, maintenant qu’elle n’écoutait plus que la voix de la raison — elle le croyait du moins — elle trouvait que si ce n’était pas vrai, c’était du moins probable, infiniment probable même. Qu’y avait-il à cela d’extraordinaire ? En toutes autres circonstances, à supposer seulement que M. Darcier ne fût pas affligé, comme on le croyait, d’un mal incurable, le fait