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futé l’objection des bonnes femmes qui nous trouvent ridicules ?…

— Oui, mais vaguement : je n’ai pas trop bien saisi…

— Il faudra pourtant savoir, chercher, remettre en ordre les idées principales pour en faire publier le résumé dans les journaux, avec le compte-rendu de la fête.

— Qui va s’en charger ?

— Toi, Félix ?… Plus habile que nous à ces sortes de choses, tu t’en tireras mieux. Promets-nous d’arranger cela le plus adroitement possible et pousse demain matin jusqu’aux bureaux de rédaction…

— Il sera bien inutile que je m’en donne la peine, répondit celui qu’on avait appelé Félix. Pendant une pause de nos exercices, j’ai aperçu au premier rang, contre la piste, le rédacteur du Journal : il m’a reconnu et formellement promis de faire dans son numéro de demain le compte-rendu le plus élogieux.

— Allons, voilà qui va bien. Tant mieux.

— Mais quel chic discours, pas vrai ?

— Ne m’en parlez pas ! Il n’est tout de même que les Français pour manier ainsi la langue.

— Il est député au Parlement. Il doit avoir de beaux succès à Paris, avec une pareille faconde.

— Parbleu ! tu peux bien croire…

Mais l’heure du départ arrivait. Sur un mot de l’instructeur, les pelotons se reformèrent et gagnèrent la gare au pas accéléré. Le train s’y trouvait déjà, attendant, avec sa perpétuelle bonne humeur de tramway pas pressé, accordant quelques minutes de grâce aux retardataires.