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sur le peu de faveur que trouverait cette sorte d’exclusivisme auprès du public luxembourgeois. Mais il ne doutait pas non plus du bon sens de ses compatriotes, et était assuré qu’ils comprendraient bien vite la nécessité de sa détermination.

Contre toute espérance — car on avait failli contremander la fête, tant il avait plu la veille — la journée s’annonçait splendide. Le soleil avait dès le matin séché les pelouses, et M. Canon s’était ingénié jusqu’à midi, à la tête du personnel du Casino et sous les yeux de toute la population enfantine de l’établissement, qui s’était donné rendez-vous au Parc, à se tailler un petit succès dans l’habile combinaison des préparatifs.

La piste dessinait, autour de la potence des trapèzes prise comme centre, un ovale fort régulier, mi-partie jaune, mi-partie brun : la sciure de bois et le tan dont on avait semé la pelouse. A chacun des deux montants de la potence, on avait ajouté la hampe d’un drapeau tricolore qui s’étalait capricieusement à la brise ou retombait en molles ondulations pour se relever encore, comme secoué d’un frisson patriotique.

L’enceinte était entourée de sa barrière de corde, et le groupe do chaises faisait fort bon effet dans la symétrie de son alignement.

Quand tout avait été terminé, le régisseur avait, été salué par les applaudissements joyeux des bambins qui avaient suivi ses opérations sans en perdre un détail. Et comme il s’en allait, pressé, Marcelle Dubreuil l’avait rejoint et obligé à se retourner, comme pour juger de loin de l’effet obtenu.

— Voyez-vous bien ce que vous avez fait ? disait-elle de son air malicieux. Eh bien ! c’est le champ