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Cependant, au commencement du printemps, elle avait repris ses forces et petit à petit avait reconquis son allure enjouée et espiègle de jadis. Au Bois, où M. Dubreuil et Raymonde la conduisaient tous les jours, elle prétendait ne plus rester enmitouflée dans les fourrures dont on avait coutume de la couvrir, sautait lestement à bas de la victoria, et courait par les pelouses, reprise soudain comme d’un irrésistible besoin de folles gambades et de sauteries joyeuses. Cette sorte de convalescence avait duré deux grands mois : Raymonde renaissait à l’espérance, malgré le souvenir des continuelles alertes, et Rose elle-même, qui avait longtemps cru la pauvre petite condamnée à mourir dans sa fleur, reprenait bon courage.

Maintenant, seul, le médecin ordinaire de la famille venait visiter Marcelle et indiquer les soins dont elle avait besoin qu’on l’entourât. L’amitié dont il s’était lié avec M. Dubreuil lui faisait un devoir de plus d’être vigilant : aussi n’était-ce pas sans inquiétude qu’il avait remarqué, deux ou trois jours avant le soir par lequel s’ouvre ce récit, les premiers symptômes d’un nouvel accès.

Sans hésitation, pour obéir à l’ordre exprès du député qui voulait être tenu au courant de tous les détails, il prévint M. Dubreuil de ses observations et des craintes qu’elles lui suggéraient :

— Marcelle, lui dit-il, est menacée d’une nouvelle rechute. Cependant, si vos occupations ne vous retenaient pas à Paris et que vous puissiez librement disposer de votre temps, je vous donnerais le conseil de partir pour la campagne et je serais alors assuré de pouvoir prédire une entière guérison.

— Mais je suis libre ! avait répondu M. Dubreuil