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line allait tomber malade. N’y pouvant tenir davantage, elle s’en fut un matin trouver son père et lui dire ses craintes. Ce fut alors que M. Dubreuil comprit véritablement quel attachement l’unissait à la petite étrangère : il fut frappé en plein cœur. Sans prendre le temps de faire atteler, il prit son chapeau et s’élança dans la rue : une voiture de place le déposait dix minutes plus tard devant la porte de son médecin, qu’il forçait à le suivre et qu’il ramenait aussitôt sans lui donner le temps de se reprendre.

Le docteur se fit amener Marcelle, l’examina avec une attention minutieuse et conclut enfin à une maladie de langueur. Ce n’était pas bien grave encore, le mal n’ayant eu guère le temps d’exercer ses ravages dans l’organisme frêle de la pauvre petite ; mais il fallait se hâter d’appliquer un remède si l’on ne voulait pas la voir s’étioler bientôt et courir le risque de la perdre.

— Et le remède, s’écria M. Dubreuil, dites vite, docteur, vous me faites mourir : le remède ?

— Il faut faire voyager Marcelle, répondit le docteur, lui donner assez de distractions de toute sorte pour chasser la mélancolie noire qui l’obsède en ce moment. Puis, la mener dans une station thermale, dans le Midi de préférence, et lui faire observer, sans paraître toutefois l’y contraindre, un régime réparateur et fortifiant.

On était à la mi-juillet, la session était close. M. Dubreuil exigea que tout fût prêt pour le départ, qu’il fixa au surlendemain. Il renvoya ses domestiques en Touraine, n’emmenant que Rose, à qui l’enfant était fort attachée, et l’on partit. On visita successivement la Suisse, l’Italie, puis le nord de l’Es-