Page:Moressée - Un mariage à Mondorf, 1887.djvu/15

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 11 —

nuage de tristesse pesait sur son front. Paris, avec ses fêtes et ses plaisirs à outrance, ne plaisait point à son humeur sérieuse : sous l’empressemant qu’elle mettait à paraître partout, dans le monde et dans les salons où son père la priait de l’accompagner, un sentiment très prononcé de répugnance se cachait et l’amenait à traduire le mot : fête, par celui-ci : corvée. Sans qu’il y parût, elle ne sortait qu’à contre-cœur.

Ces sentiments n’avaient fait que s’accroître, dans les derniers temps, depuis le changement, survenu dans la manière d’être de Marcelle. Une ombre indéfinissable avait envahi le front de l’enfant devenue tout à coup sérieuse, d’une réserve que Raymonde ne trouvait pas naturelle. Marcelle ne se plaignait pas ; tout au plus imaginait-on que le souci, peint dans son œil triste et doux, provenait du regret d’avoir quitté l’existence joyeuse et toute en dehors qu’on menait jadis en Touraine, à la campagne.

— Nous y retournerons, bientôt, va ! petite sœur, disait souvent Raymonde en caressant les boucles blondes et soyeuses de l’orpheline. Et tu peux croire que nous rattraperons tout ce temps perdu. Dans un mois, peut-être même plus tôt, petit père sera libre, et tu verras comme il se hâtera de nous ramener là-bas. Lui aussi regrette, sais-tu ? la bonne vie libre d’autrefois, et brûle d’aller la reprendre…

Un éclair fugitif s’allumait alors dans l’œil de Marcelle ; mais il disparaissait bientôt et l’enfant, la lèvre adoucie d’un triste sourire, secouait la tête et ne répondait pas. Qu’avait-elle ?… Elle souffrait, peut-être.

Et une indéfinissable angoisse envahissait l’âme de Raymonde, à la pensée que sa chère petite orphe-