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connaissance d’une famille de votre monde et de votre rang, je ne saurais voir en ceci que la chose la plus naturelle. Mais que, dans l’état de santé où vous vous trouvez, vous alliez oublier à ce point les convenances, que vous songiez à caresser des projets d’amoureux, je ne saurais véritablement, sans manquer à mon devoir, vous y encourager ou seulement même vous laisser croire que je vous accorde mon approbation.

Réfléchissez, Fernand, que vous êtes atteint, hélas ! d’un impitoyable mal dont vous attendez depuis dix ans la guérison, que ce serait une folie de croire qu’une cure de deux mois a suffi à vous rétablir, qu’il serait indigne de vous, enfin, de courir au devant d’un refus doublé d’un affront en prétendant être distingué par Mlle Dubreuil.

La règle sociale est devenue pour vous tout autre par le fait même de votre maladie ; elle se résume tout entière en un point auquel vous devez tout rapporter : la guérison. Écartez de votre esprit toute pensée étrangère à ce but, arrachez de votre cœur tout sentiment qui peut nuire à votre tranquillité, à votre paix intérieure, chassez enfin loin de vous toute préoccupation et tout calcul. Peut-être alors pourrez-vous espérer guérir, et devenir un homme que sa position, sa fortune et son rang autorisent à toutes les prétentions. »

Fernand lut cette lettre tout d’une haleine.

Deux sentiments luttaient en lui après qu’il l’eut achevée : d’abord la stupéfaction de voir son tuteur condescendre à parler d’affaires de ce genre, ensuite la colère de le voir prendre un ton aussi tranchant et aussi net, alors qu’en aucune manière les circonstances ne l’y autorisaient.