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Eh, oui, certes ! pensait Fernand en gagnant son retrait favori. Est-il possible, quand on a vu ce visage angélique et qu’on a entendu cette voix merveilleuse, d’en effacer jamais le souvenir de sa mémoire ?

Et le jeune homme s’exaltait, à vouloir se justifier vis-à-vis de lui-même d’avoir commis la moindre exagération, et il en venait, perdant la mesure exacte des choses, à regretter de n’avoir pas mieux exprimé encore son admiration pour le talent de Raymonde. Ces pensées l’occupèrent tout la matinée, et même le préoccupèrent assez vivement. Il se rappela qu’il attendait une réponse à la lettre qu’il avait écrite à son tuteur : pourquoi cette réponse se faisait-elle si longtemps attendre ? Son tuteur allait-il peut-être pousser le mépris qu’il professait pour les affaires de « sentiment » jusqu’à négliger de répondre à une prière de son pupille ?… En ce cas, il pouvait s’attendre à voir cette prière se changer bientôt en une énergique sommation.

Tandis qu’il dessinait en lui-même des projets pleins de colère, la lettre attendue arrivait à son adresse à l’hôtel.

« Mon cher Fernand, lui écrivait son tuteur, permettez-moi tout d’abord de vous avouer qu’après trois jours de réflexion écoulés depuis le reçu de votre lettre, je me retrouve encore tout abasourdi de votre persiflage. Car c’est bien ainsi, n’est-il pas vrai ? qu’il faut appeler le ton de votre missive, et vous m’en voudriez pour mon manque de perspicacité si je m’avisais de la traiter autrement.

Que vous ayez rencontré un bon médecin à Mondorf, c’est moi qui vous en félicite le premier et le plus sincèrement ; que vous y ayez fait la