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prit qu’il fallait compter avec lui. Il n’en tira pas autrement vanité ; il ne profita de cette illustration donnée à son nom et de l’influence réelle qui en résultait, que dans l’intérêt de ses mandataires d’abord, en faveur des pauvres et des déshérités de la capitale ensuite. Partout où une bonne œuvre était organisée, on était assuré de le rencontrer, empressé, actif, se prodiguant avec la même générosité qu’il mettait autrefois à porter la bonne parole dans les réunions de cultivateurs.

Il consacrait sa matinée à sa correspondance ; puis c’étaient les réunions du groupe parlementaire auquel il était inscrit, puis les séances de la Chambre, puis les soirées auxquelles il était invité : toute sa journée était consacrée aux intérêts d’autrui, et le temps lui restait à peine de s’occuper, comme il l’aurait voulu, de ses chères enfants.

— Bien sûr, lui disait Rose, que son affection pour son maître autorisait à lui donner ce sage avertissement, vous finirez par tomber malade. Que vous travaillez, pardi ! on sait bien qu’il serait impossible de vous en empêcher. Mais du moins, n’en faites pas d’excès : si le travail vous est utile, le repos vous est nécessaire. Ménagez-vous, maître ?…

M. Dubreuil, en entendant les exhortations de la dévouée servante, souriait joyeusement. Malade, lui !… allons donc. Il savait bien quelle constitution de fer était la sienne ; la maladie perdrait son temps, bien sûr, à vouloir entamer un homme bâti comme lui à chaux et à sable. Et il recommençait de plus belle.

Raymonde, qui se taisait par respect pour son père, n’en souffrait pas moins au dedans d’elle même de le voir ainsi se dépenser pour autrui. Depuis quelque temps, elle n’aurait eu dire pourquoi, un