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nesse et d’entrain, le visage tout rose perdu au fond d’un immense chapeau de paille.

— Oh ! petit père, quelle bonne idée !…

— Tu aimes donc bien te promener avec ton père ? Marcelle, demanda le bon chanoine.

— Oui, cela d’abord, répondit la fillette. Mais s’est surtout le plaisir d’aller voir ces pauvres petites de là bas, et de jouir du bonheur qu’on leur fait en leur donnant quelques petits cadeaux : il y en a de si pauvres, et de si malades !…

— Oh ! voilà de beaux sentiments, mademoiselle, dit fort sérieusement M. Liévin, je vous en fais mes compliments,

— D’ailleurs, ajouta encore Marcelle sans prendre garde à cet éloge, tout le monde me connaît déjà là-bas, et je serai mieux que personne à même de vous présenter…

Elle disait tout cela d’un air important, imperturbable comme une personne d’âge mûr en face des sourires railleurs que faisaient naître ses déclarations.

C’était une des marques les plus touchantes de la sollicitude professée par M. Pauley à l’endroit des faibles et des déshérités de ce monde, que la création de cette colonie des enfants de Daundorf. Il avait surveillé lui-même scrupuleusement tous les détails de l’aménagement, et avait fait en sorte d’y réaliser le problème d’un confortable parfait et d’une propreté poussée jusqu’au luxe. Les dortoirs, les réfectoires, les corridors, les escaliers, tout était là entretenu avec un soin constant, si bien qu’on eût dit d’une maison habitée par des grandes personnes, toutes attentives et soigneuses à ne rien salir.