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La jeunesse n’attire-t-elle pas la jeunesse, l’amour n’appelle-t-il pas l’amour ? Ce que lui-même avait éprouvé à sa vue, cette sympathie qui rapproche les cœurs en un instant et les entraîne pour toujours dans une confiance commune, Raymonde ne l’avait-elle pas éprouvé ?…

Tout en songeant ainsi, Darcier était rentré à l’hôtel. De sa fenêtre ouverte, il assistait au spectacle radieux qu’offrait en ce moment la nature : le soleil s’était incliné sur l’horizon qu’il embrasait de feux pourpres ; la prairie semblait couverte d’un épais manteau d’or, les oiseaux qui passaient dans les airs avaient sur l’aile de fugitifs rayons de feu, et les scarabées qui bourdonnaient au-dessus de l’herbe avaient comme des reflets de nacre et des scintillements.

Le jeune homme regardait ce magique tableau et sentait la jeunesse bondir dans son âme, oppressée par une indicible joie ; il s’enivrait de cette nature débordante de vie, et ce qui se passait en lui n’était ni moins puissant ni moins délicieux.

Enfin la lumière peu à peu s’adoucit et la brume monta. Puis la lune montra son croissant aux fines pointes et quelques étoiles apparurent au ciel : il en fixa longtemps une qui brillait d’une douce lumière bleue et il sentit se faire en son cœur un grand apaisement.

Alors les réflexions se pressèrent dans son esprit ; il se demanda s’il suffirait longtemps à son cœur de se nourrir de ces rêves, et s’il n’avait pas le devoir de songer aussi à la réalité. Il aimait Mlle  Dubreuil, il était impossible de vouloir se le dissimuler. Eh bien, soit ! Mais était-il honnête de l’aimer ainsi longtemps, sans le dire et sans faire le nécessaire pour se rapprocher d’elle ?…