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Sous la verandah, de chaque côté du cercle des pupitres de l’orchestre, des chaises de jardin étaient alignées, que venaient occuper peu à peu les dames et les demoiselles. On avait fait assaut de jolies toilettes, les nuances vives des étoffes adoucies par les robes blanches, fort nombreuses, des jeunes filles. Raymonde était là déjà, entourée d’un cercle d’amies autour duquel Marcelle courait avec des fillettes de son âge, mettant un beau désordre dans le vilain alignement des chaises.

Derrière elles, M. Dubreuil causait avec M. Pauley et le major, à qui on venait de le présenter. La politique faisait les frais de leur conversation ; mais tandis que tous trois commentaient la chute du dernier ministère français, l’orchestre s’était rangé. Les premières mesures d’un pas redoublé éclatèrent sous les vitres de la marquise et imposèrent silence aux causeurs.

Les musiciens jouèrent dans la perfection ce premier morceau et gagnèrent haut la main les éloges de tous les amateurs de bonne musique, réunis là pour les entendre. Puis, petit à petit, les conversations reprirent leur train comme devant, coupées çà et là de grands silences lorsqu’un soliste se faisait entendre, accompagné en sourdine par l’orchestre, ou de longues volées d’applaudissements à la fin de chaque morceau du programme.

La première partie du concert terminée, M. Dubreuil et ses amis s’éloignèrent pour faire un tour de parc, salués à chaque pas par les promeneurs, arrêtés souvent par l’obligation d’une poignée de main à échanger, d’une rapide présentation à faire. Au bout de la grande allée, ils rencontrèrent un prêtre âgé déjà, à la physionomie pleine de bonté,