Page:Moressée - Un mariage à Mondorf, 1887.djvu/101

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
— 97 —

printemps et de jeunesse, il se mêla tout à tout comme un sentiment vague d’inquiétude et d’appréhension.

— Pourquoi, se demanda-t-il, une jeune fille d’aussi bon monde s’est-elle permis le laisser-aller d’un tête-à-tête avec moi ? C’est contraire à toutes les règles et il y fallait une excuse. Malheur à moi ! serait-ce qu’on me croit assez malade pour qu’avec moi une pareille licence ne tire pas à conséquence ?…

Cette pensée tourna en obsession et l’empêcha de dormir. En proie à une surexcitation étrange, il souffrait comme s’il eût été couché sur un lit de ronces et, n’y tenant plus, il se leva et s’étendit dans son fauteuil, le coude appuyé au rebord de la croisée.

La lune inondait la campagne de ses lueurs blanches ; les arbres se découpaient nettement dans le vide ; en bas, l’Aalbach roulait silencieuse ses mille petites vagues d’argent, et au loin, bordant la plaine, la forêt se profilait comme une muraille faite d’ombres, mais dont le sommet réflétait les pâles clartés de la nuit.

De l’autre côté, un coin de façade blanche se profilait dans la pénombre…

Une folle idée le prit tout à coup de descendre. Au bas de l’escalier, il ouvrit une porte donnant sur le jardin et s’avança, à pas sourds, vers la terrasse bordée par le ruisselet. Il se soutenait à peine, affaibli, épuisé. Enfin, il trouva une chaise oubliée dans un sentier, s’y assit et se retourna vers la partie de l’hôtel qu’il habitait.

— Où loge-t-elle ? Où se trouve sa chambre ? se demanda-t-il.