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retombons d’un esclavage dans un autre, et qu’après les poncifs classiques, il y a eu des poncifs romantiques, poncifs de coupes, poncifs de phrases, poncifs de rimes ; et le poncif, c’est-à-dire le lieu commun passé à l’état chronique, en poésie comme en toute autre chose, c’est la Mort. Au contraire, osons vivre ! et vivre c’est respirer l’air du ciel et non l’haleine de notre voisin, ce voisin fût-il un dieu !

Scène II

ERATO (invisible). — Votre Petit Traité de Poésie Française est un ouvrage délicieux, maître Banville. Mais les jeunes poètes ont du sang jusques aux yeux en luttant contre les monstres affenés par Nicolas Boileau ; on vous réclame au champ d’honneur, et vous vous taisez, maître Banville !

THÉODORE DE BANVILLE (rêveur). — Malédiction ! Aurais-je failli à mon devoir d’aîné et de poète lyrique !

(L’auteur des Exilées pousse un soupir lamentable et l’intermède finit.)

La Prose. — romans, nouvelles, contes, fantaisies, — évolue dans un sens analogue à celui de la poésie. Des éléments en apparence hétérogènes, y concourent : Stendhal apporte sa psychologie translucide, Balzac sa vision exorbitée, Flaubert ses cadences de phrases aux amples volutes, M. Edmond de Goncourt son impressionnisme modernement suggestif.

La conception du roman symbolique est polymorphe :