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tations, c’est bien la faute à la courte-vue, à la mauvaise foi, aux dédains gourmés de la critique officielle.

Des gens malins m’ont fait observer que le Symbolisme n’est pas une découverte, qu’il a toujours existé. Ils sont bien bons ! Ai-je jamais prétendu le contraire ? Mais, n’avons-nous pas depuis tantôt vingt ans, un art qui renie systématiquement l’Idéal, qui fait de la description matérielle son but immédiat, remplace l’étude de l’âme par la sensation, se racornit dans le détail et l’anecdote, s’inébrie de platitude et de vulgarité ? Cet art exista de tout temps, il peut produire et il a produit des œuvres intéressantes. C’est un art que j’appellerai moyen, une manifestation subalterne de l’esprit créateur. Et voilà que le faquin prétend usurper la place du maître. C’est contre cet art moyen, contre ce parvenu que le Symbolisme proteste.

« Des œuvres ! Des œuvres ! » crient les malveillants. Nous avons à leur offrir d’assez précieux joyaux poétiques, je pense. Et cependant nous traversons une période de transition. Il a fallu au Romantisme quinze ans pour se manifester pleinement. Et nous ne sommes vieux que d’un lustre. Mais, pour que le Symbolisme voie sa floraison fructifier, il lui faudra se désentraver de ses atavismes. Dans la poésie, l’influence du grand Charles Baudelaire ne saurait être désormais qu’un obstacle. Dans