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une jeune fille sans expérience et livrée à elle-même comme l’était la pauvre Zilda.

Un dimanche matin, au moment de partir pour la grand’messe. M. Nankin s’aperçut qu’il avait oublié dans ses poches, un rouleau de billets de banque dont il n’avait nul besoin à l’église. Il ouvrit donc un tiroir de son secrétaire et y enferma le précieux dépôt.

À ce moment, Zilda était auprès de son oncle, occupée à donner un morceau de sucre à son canari. Si le vieux garçon avait surpris le regard d’intense convoitise que la jeune fille arrêta sur le paquet de billets, il eut certainement hésité à les laisser sous la protection d’une telle gardienne. D’ailleurs, c’était peut-être la première fois qu’il commettait l’imprudence de ne pas placer ses valeurs dans son coffre-fort ; mais en plein jour et sa nièce étant seule à la maison, que pouvait-il redouter ?

Il partit donc sans inquiétude.

En sortant, il vit sur le bord du trottoir deux hommes de modeste apparence qui causaient joyeusement ensemble.

C’était le printemps, l’un des premiers beaux jours, et le soleil mettait de la bonté dans les âmes, car le vieux garçon qui ne brillait pas par son amour des pauvres, jeta, en passant, un regard de bienveillance sur les causeurs. Il leur trouva une mine honnête, sans doute, car pendant un instant, la physionomie du l’un d’eux sembla s’imprimer dans son esprit.

Et tout en humant à pleins poumons l’air printanier, M. Nangin s’achemina vers la basilique, en appuyant sa marche tranquille du mouvement régulier de sa canne à pommeau d’or.

Aussitôt que son oncle fut sorti, Zilda s’arrêta machinalement devant le tiroir qui contenait les billets : « Si j’avais cette petite fortune », pensa-t-elle ; puis, aussitôt, cette autre pensée lui vint : « Si je la prenais !… »

Sans beaucoup réfléchir, d’un geste machinal, elle ouvrit la porte de dehors pour s’assurer que son oncle s’en allait, sans revenir sur ses pas, comme cela lui arrivait, parfois, pour échanger sa canne contre son parapluie, ou pour lester ses poches de quelques cigares.

Elle vit que M. Nangin tournait le coin de la rue à pas pressés, et entendant sonner les derniers coups de la cloche annonçant que c’était l’heure de la messe, elle comprit qu’il se hâtait afin de n’être pas en retard. Au moment de refermer la porte elle arrêta distraitement son regard sur les deux hommes qui causaient devant la maison et comme l’un d’eux la regardait à ce moment, cela fut cause qu’elle le remarqua plus que son compagnon, Zilda vit qu’il était blond, de taille moyenne, qu’il portait un chapeau gris, en feutre mou, un peu défraîchi

La jeune fille fit ces constatations sans arrière pensée, car elle ne préméditait pas un crime. Mais