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SOUVENIRS

du savon pour me laver les mains et non en pleine propriété, m’a conduit à ce qu’on appelle en France un lavatory. J’y ai vu un vieux morceau de savon jauni. Si j’allais m’en emparer ? Avant de consentir à ce larcin, je vais de nouveau interviewer le portier : « Alors, toujours pas ou plus de savon ? » — « Come si fa, s’écrie-t-il. C’est bien malheureux : vous en aurez demain. »

Je m’informe si, à cette heure tardive, quelque magasin n’est pas ouvert. Sa figure désolée s’éclaire ; il me désigne un fanal rouge, là-bas, rue Nationale. C’est une pharmacie. J’y cours. « Medicamento ? » interroge le potard. Je tords mes mains devant lui, pour lui faire comprendre que, médicament ou non, je désire me laver. Il m’apporte un savon au lusoforme, fabriqué à Milano. Je reviens à l’hôtel et, du plus loin que j’aperçois le garçon d’ascenseur, je crie : « Ecco il sapone ! » Quand j’entends, sur les ondes, vanter « la mousse douce et crémeuse » de nos produits, j’évoque la fraîcheur d’un de mes parfums d’Italie.

***

Je touche les sphères diplomatiques ; et je partage le temps que je serai à Rome entre des rencontres protocolaires et des courses à travers la ville. En ce premier jour, cinq monseigneurs, un archevêque et un cardinal. J’évoque ces figures de prélats, détachées pour moi de la grande fresque encore inconnue de la Cour papale : figures parfois estompées dans ce décor ecclésiastique où elles pullulent et qui, chez nous ou ailleurs, passeraient au premier plan.

Je retiens quelques noms.

Le premier est prédestiné : Cardinali. Le porter, dans la Ville éternelle, n’est-ce pas redouter