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C’est entre 1904 et 1909 que se placent les débuts d’une des plus brillantes parmi nos jeunes romancières ; Mme André Corthis (Le Pardon prématuré, Pour Moi seule, Sa vraie femme) a le don d’invention et de construction, et l’adresse d’étudier les mœurs tout en analysant une crise intérieure. Il y a chez elle une sorte de chaleur brève qui fait penser parfois à du Noailles qui serait très ramassé ; et ce que son art a de serré rachète le romanesque ou l’exotisme de certaines de ses situations.

Mme Camille Marbo (La Statue voilée etc.), a débuté à moins de vingt ans, manque d’art, mais sait décortiquer minutieusement la psychologie d’un être, et son réalisme est sobre.

Divinatrice, et susceptible de ces éclairs dont la psychologie anglaise abonde, Mme Laurent-Evrard (Une Leçon de Vie) enregistre trop de menus faits et ne sait rien sacrifier.

Plus intéressée par les faits sociaux et leurs répercussions que par un conflit tout intérieur, Mme Cruppi doit être placée dans le même groupe que Mmes Harlor et Marie Laparcerie, Yvette Prost, et Simone Bodève. Elle a débuté en 1905 avec un roman, Avant l’Heure.

Mlle Harlor s’est fait connaître d’abord comme journaliste pendant dix ans ; vers 1908, elle a publié Le Triomphe des Vaincus, roman d’une force d’évocation et d’imagination assez rare chez une femme, puis Tu es Femme (1913). Mlle  Marie Laparcerie[1] débute en 1909 avec un roman un peu traînant, mais non sans finesse, La Comédie douloureuse.

Mme Landre publie en 1905, La Gargouille, mélancolique récit naturaliste, plein d’une pitié brutale. Ses deux meilleurs romans sont Bob et Bobette, étude des enfants de deux filles de bas étage, qu’anime une pitié sincère, et Où va l’Amour ? pages farouches, vibrantes, aveux singulièrement aigus. Il manque à Mme Landre d’écrire lentement et de composer avec soin, mais on ne peut nier sa facilité. C’est en outre une humoriste.

  1. Un inconnu passa (1918), La Fête est finie (1919), etc.