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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/98

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DE L’ESPRIT DES LOIS.


avoir qu’un certain nombre d’hommes libres, pour que les esclaves fussent en état de leur fournir la subsistance. Nous disons aujourd’hui qu’il faut borner le nombre des troupes réglées : or, Lacédémone était une armée entretenue par des paysans ; il falloit donc borner cette armée ; sans cela, les hommes libres, qui avoient tous les avantages de la société, se seroient multipliés sans nombre, et les laboureurs auroient été accablés.

Les politiques Grecs s’attachèrent donc particulièrement à régler le nombre des citoyens. Platon [1] le fixe à cinq mille quarante ; et il veut que l’on arrête, ou que l’on encourage la propagation, selon le besoin, par les honneurs, par la honte et par les avertissements des vieillards ; il veut même [2] que l’on règle le nombre des mariages de manière que le peuple se répare sans que la république soit surchargée.

Si la loi du pays, dit Aristote [3], défend d’exposer les enfants, il faudra borner le nombre de ceux que chacun doit engendrer. Si l’on a des enfants au delà du nombre défini par la loi, il conseille [4] de faire avorter la femme avant que le fœtus ait vie [5].

  1. Dans ses Lois, liv V. (M.) Dans un gouvernement renfermé entre les murs d'une cité, chez un peuple qui faisait lui-même ses affaires sur la place publique, le nombre des citoyens ne pouvait croître indéfiniment. Au delà d'un certain chiffre la délibération, le vote, le gouvernement n’était plus possible. Mais ces difficultés n’existent point pour les modernes qui ont l'imprimerie, les journaux et le système représentatif. Les anciens n’avaient que des cités, nous avons des États.
  2. République, liv. V. (M.)
  3. Polit., liv. VII, ch. XVI. (M.)
  4. Ibid. (M.)
  5. Disons pour excuser Aristote qu'il croyait qu'avant un certain temps le fœtus n’avoit ni sentiment, ni existence propre ; c’était une part des entrailles de la mère.