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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/83

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CHAPITRE VII.


DU CONSENTEMENT DES PÈRES AU MARIAGE.


Le consentement des pères est fondé sur leur puissance, c’est-à-dire sur leur droit de propriété [1] ; il est encore fondé sur leur amour, sur leur raison, et sur l’incertitude de celle de leurs enfants, que l’âge tient dans l’état d’ignorance, et les passions dans l’état d’ivresse.

Dans les petites républiques, ou institutions singulières dont nous avons parlé, il peut y avoir des lois qui donnent aux magistrats une inspection sur les mariages des enfants des citoyens, que la nature avoit déjà donnée aux pères. L’amour du bien public y peut être tel, qu’il égale ou surpasse tout autre amour. Ainsi Platon vouloit que les magistrats réglassent les mariages : ainsi les magistrats lacédémoniens les dirigeoient-ils [2].

Mais, dans les institutions ordinaires, c’est aux pères à marier leurs enfants ; leur prudence à cet égard sera toujours au-dessus de toute autre prudence. La nature donne aux pères un désir de procurer à leurs enfants des successeurs, qu’ils sentent à peine pour eux-mêmes.

  1. Cela n’est vrai que des Romains et des peuples qui ont donné une puissance absolue aux pères de famille.
  2. Ce n'est pas la seule chose sur laquelle Platon a préféré la singularité systématique à la voix de la raison primitive et naturelle. PROQUET, Analyse raisonnée, etc., p. 226.