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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/461

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LIVRE XXX, CHAP. XIII.


manoirs ; celui des deux qui marchoit étoit défrayé de la moitié par celui qui restoit.

Il y a plus : nous avons une infinité de Chartres où l'on donne les privilèges des fiefs à des terres ou districts possédés par des hommes libres, et dont je parlerai [1] beaucoup dans la suite. On exempte ces terres de toutes les charges qu’exigeoient sur elles les comtes et autres officiers du roi ; et, comme on énumère en particulier toutes ces charges, et qu’il n’y est point question de tributs, il est visible qu’on n’en levoit pas.

Il étoit aisé que la maltôte romaine tombât d’elle-même dans la monarchie des Francs ; c’étoit un art très-compliqué, et qui n’entroit ni dans les idées, ni dans le plan de ces peuples simples. Si les Tartares inondoient aujourd’hui l’Europe, il faudroit bien des affaires pour leur faire entendre ce que c’est qu’un financier [2] parmi nous.

L’auteur incertain de la Vie de Louis le Débonnaire [3], parlant des comtes et autres officiers de la nation des Francs que Charlemagne établit en Aquitaine, dit qu’il leur donna la garde de la frontière, le pouvoir militaire, et l’intendance des domaines qui appartenoient à la couronne. Cela fait voir l’état des revenus du prince dans la seconde race. Le prince avoit gardé des domaines, qu’il faisoit valoir par ses esclaves. Mais les indictions, la capitation et autres impôts levés du temps des empereurs sur la personne ou les biens des hommes libres, avoient été changés en une obligation de garder la frontière, ou d’aller à la guerre.

On voit, dans la même histoire [4], que Louis le Débon-

  1. Voyez ci-près le ch. XX de ce livre. (M.)
  2. Un fermier général.V
  3. Dans Duchesne, tome II, p. 287. (M.)
  4. Ibid., p. 89. (M.)