Ouvrir le menu principal

Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/457

Cette page n’a pas encore été corrigée
444
LIVRE XXX, CHAP. XII.


de le vendre, pour que ce fonds continuât à être tributaire : les barbares ne payoient donc pas de tributs sur les terres [1].

M. l'abbé Dubos [2], qui avoit besoin que les Wisigoths payassent des tributs [3], quitte le sens littéral et spirituel de la loi ; et imagine, uniquement parce qu’il imagine, qu’il y avoit eu entre l’établissement des Goths et cette loi une augmentation de tributs qui ne concernoit que les Romains. Mais il n’est permis qu’au P. Hardouin d’exercer ainsi sur les faits un pouvoir arbitraire [4].

M. l’abbé Dubos [5] va chercher [6] dans le code de Justinien [7], des lois pour prouver que les bénéfices militaires, chez les Romains, étoient sujets aux tributs : d’où il conclut qu’il en étoit de même des fiefs ou bénéfices chez les Francs. Mais l’opinion, que nos fiefs tirent leur origine de cet établissement des Romains, est aujourd’hui proscrite : elle n’a eu de crédit que dans les temps où l’on connois-

  1. Les Vandales n'en payoient point en Afrique. Procope, Guerre des Vandales, liv. I et II ; Historia miscella, liv. XVI, p. 106. Remarquez que les conquérants de l'Afrique étoient un composé de Vandales, d'Alains et de Francs. Historia miscella, liv. XIV, p. 94. (M.)
  2. Établissement des Francs dans les Gaules. De la monarchie française, tome III, ch. XIV, p. 510. (M.)
  3. Il s’appuie sur une autre loi des Wisigoths, liv. X, tit. I, art. 11, qui ne prouve absolument rien : elle dit seulement quo celui qui a reçu d’un seigneur une terre, sous condition d’une redevance, doit la payer. (M.)
  4. Le père Hardouin, Jésuite (1646-1729), était un savant homme à qui nous devons une bonne édition de Pline l'Ancieu, et une collection des Conciles en 12 volumes in-folio ; mais il prétendait que la plupart des ouvrages quo nous ont légués la Grèce et Rome, étaient l’œuvre des moines du XIIIe siècle. Il avait imaginé, notamment, que l'Éneide était l’œuvre d’un bénédictin qui avait voulu célébrer le triomphe de l’Église sur !a synagogue.
  5. Ce paragraphe et les doux suivants sont ajoutés dans la dernière édition.
  6. Tome III, p. 511. (M.)
  7. L. 3, tit. LXXIV, lib. XI. (M.)