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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/454

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DE L’ESPRIT DES LOIS.


valoir [1] se changèrent en main-mortables. Quand un pays se trouva privé des hommes libres qui l'habitoient, ceux qui avoient beaucoup de serfs prirent ou se firent céder de grands territoires, et y bâtirent des villages, comme on le voit dans diverses Chartres. D’un autre côté, les hommes libres qui cultivoient les arts [2], se trouvèrent être des serfs qui dévoient les exercer ; les servitudes rendoient aux arts et au labourage ce qu’on leur avoit ôté.

Ce fut une chose usitée, que les propriétaires des terres les donnèrent aux églises pour les tenir eux-mêmes à cens, croyant participer par leur servitude à la sainteté des églises [3].

  1. Les colons même n'étoient pas tous serfs : voyez les loix 18 et 23, au Code de agricolis et censitis et colonis, et la 20e du même titre. (M.)
  2. Qui avaient des métiers.
  3. Convaincus aussi, et non sans raison, que les immunités de l’Église les protégeraient dans la paisible jouissance de leurs biens.
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