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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/452

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DE L’ESPRIT DES LOIS.


sieurs siècles, fit que les servitudes s’étendirent prodigieusement.

Theuderic [1], voyant que les peuples d’Auvergne ne lui étoient pas fidèles, dit aux Francs de son partage : « Suivez-moi, je vous mènerai dans un pays où vous aurez de l'or, de l’argent, des captifs, des vêtements, des troupeaux en abondance ; et vous en transférerez tous les hommes dans votre pays ».

Après la paix [2] qui se fit entre Gontran [3] et Chilpéric, ceux qui assiégeoient Bourges ayant eu ordre de revenir, ils amenèrent tant de butin, qu’ils ne laissèrent presque dans le pays ni hommes ni troupeaux.

Théodoric [4], roi d’Italie, dont l’esprit et la politique étoient de se distinguer toujours des autres rois barbares, envoyant son armée dans la Gaule, écrit au général [5] : « Je veux qu’on suive les lois romaines, et que vous rendiez les esclaves fugitifs à leurs maîtres : le défenseur de la liberté ne doit point favoriser l’abandon de la servitude. Que les autres rois se plaisent dans le pillage et la ruine des villes qu’ils ont prises : nous voulons vaincre de manière que nos sujets se plaignent d’avoir acquis trop tard la sujétion. » Il est clair qu’il vouloit rendre odieux les rois des Francs et des Bourguignons, et qu’il faisoit allusion à leur droit des gens.

Ce droit subsista dans la seconde race. L’armée de Pépin étant entrée en Aquitaine, revint en France chargée

  1. Grégoire de Tours, liv. III, ch. XI. (M.)
  2. Ibid., liv. VI, ch. XXXI. (M.)
  3. La première édition écrit toujours Gontran.
  4. Ce paragraphe et le suivant ne sont ni dans A, ni dans B.
  5. Lettre 43, liv. III dans Cassiodore. (M.)