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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/416

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CHAPITRE XIV.


QU IL NE FAUT POINT SÉPARER LES LOIS
DES CIRCONSTANCES DANS LESQUELLES ELLES ONT
ÉTÉ FAITES.


Une loi d’Athènes vouloit que, lorsque la ville étoit assiégée, on fit mourir tous les gens inutiles [1]. C’étoit une abominable loi politique, qui étoit une suite d’un abominable droit des gens. Chez les Grecs, les habitants d’une ville prise perdoient la liberté civile, et étoient vendus comme esclaves ; la prise d’une ville emportoit son entière destruction ; et c’est l’origine non-seulement de ces défenses opiniâtres et de ces actions dénaturées, mais encore de ces lois atroces que l’on fit quelquefois.

Les lois [2] romaines vouloient que les médecins pussent être punis pour leur négligence ou pour leur impéritie. Dans ce cas, elles condamnoient à la déportation le médecin d’une condition un peu relevée, et à la mort celui qui étoit d’une condition plus basse. Par nos lois il en est autrement. Les lois de Rome n’avoient pas été faites dans les mêmes circonstances que les nôtres : à Rome, s’ingéroit de la médecine qui vouloit ; mais, parmi nous,

  1. Inutilis œtas occidatur, Syrian., in Hermog. (M.)
  2. La loi Cornelia, De sicariis ; Instit. liv. IV, tit. III, DeI lege Aquilià, §. 7. (M.)