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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/400

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CHAPITRE V.


CONTINUATION DU MEME SUJET.


La loi dont je vais parler se trouve dans ce serment, qui nous a été conservé par Eschine [1] « Je jure que je ne détruirai jamais une ville des Ampbictyons, et que je ne détournerai point ses eaux courantes : si quelque peuple ose faire quelque chose de pareil, je lui déclarerai la guerre, et je détruirai ses villes. » Le dernier article de cette loi, qui paroît confirmer le premier, lui est réellement contraire. Amphictyon [2] veut qu’on ne détruise jamais les villes grecques, et sa loi ouvre la porte à la destruction de ces villes. Pour établir un bon droit des gens parmi les Grecs, il falloit les accoutumer à penser que c’étoit une chose atroce de détruire une ville grecque ; il [3] ne devoit donc pas même détruire les destructeurs. La loi d’ Amphictyon étoit juste, mais elle n’étoit pas prudente. Cela se prouve par l’abus même que l’on en fît. Philippe ne se fit-il pas donner le pouvoir de détruire les villes, sous prétexte qu’elles avoient violé les lois des Grecs ? Amphictyon auroit pu infliger d’autres peines : ordonner, par

  1. De falsà legatione. (M.)
  2. Amphictyon, fils de Deocalion, est on personnage mythologique ; les Amphictyons sont des peuples unis par un communauté de sacrifices, des confédérés religieux.
  3. C’est-à-dire Amphictyon.