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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/32

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CHAPITRE IX.


DE LA RARETÉ RELATIVE DE L'OR ET DE L’ARGENT.


Outre l'abondance et la rareté positive de l’or et de l’argent, il y a encore une abondance et une rareté relative d’un de ces métaux à l’autre.

L’avarice garde l’or et l’argent, parce que, comme elle ne veut pas consommer, elle aime des signes qui ne se détruisent point. Elle aime mieux garder l'or que l’argent, parce qu’elle craint toujours de perdre, et qu’elle peut mieux cacher ce qui est en plus petit volume. L’or disparoît donc quand l’argent est commun, parce que chacun en a pour le cacher ; il reparoît quand l’argent est rare, parce que l’on est obligé de le retirer de ses retraites.

C’est donc une règle : l’or est commun quand l’argent est rare, et l’or est rare quand l’argent est commun. Cela fait sentir la différence de l’abondance et de la rareté relative d’avec l’abondance et la rareté réelle : chose dont je vais beaucoup parler [1].

  1. Il y a entre l'or et l'argent une certaine proportion que gardent les États dans la frappe de leurs monnaies. Une pièce d’or de vingt francs équivaut légalement à quatre pièces de cinq francs. Mais si, par des raisons particulières, la découverte de nouvelles mines, par exemple, l’abondance de l’or en amène l'avilissement , il est évident que l'argent fera prime, c’est-à-dire qu’on exigera une petite somme pour échanger quatre pièces de cinq francs contre une pièce d’or. Au besoin on exportera la monnaie d’argent, ou on la fondra pour échanger le lingot contre de l’or, à des conditions avantageuses. L’avarice des particuliers n’est pour rien dans ce jeu naturel du commerce.