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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/262

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DE L’ESPRIT DES LOIS.

Dans les Institutes de Justinien [1] et de Théophile [2], on parle d’un chapitre de la loi Voconienne, qui restreignoit la faculté de léguer. En lisant ces auteurs, il n’y a personne qui ne pense que ce chapitre fût fait pour éviter que la succession ne fut tellement épuisée par des legs, que l’héritier refusât de l’accepter. Mais ce n’étoit point là l’esprit de la loi Voconienne. Nous venons de voir qu’elle avoit pour objet d’empêcher les femmes de recevoir aucune succession. Le chapitre de cette loi, qui mettoit des bornes à la faculté de léguer, entroit dans cet objet : car, si on avoit pu léguer autant que l’on auroit voulu, les femmes auroient pu recevoir comme legs ce qu’elles ne pouvoient obtenir comme succession.

La loi Voconienne fut faite pour prévenir les trop grandes richesses des femmes. Ce fut donc des successions considérables dont il fallut [3] les priver, et non pas de celles qui ne pouvoient entretenir le luxe. La loi fixoit une certaine somme qui devoit être donnée aux femmes qu’elle privoit de la succession. Cicéron [4], qui nous apprend ce fait, ne nous dit point quelle étoit cette somme ; mais Dion [5] dit qu’elle étoit de cent mille sesterces [6].

  1. Instit., liv. II, tit. XXII. (M.)
  2. Liv. II, tit. XXII. (M.)
  3. A. B. Ce fut donc des grandes successions qu'il fallut les priver, et non pas de celles qui ne pouvoient entretenir le luxe. Aussi trouvons-nous dans Cicéron que les femmes n’étoient exclues que de la succession de ceux dont les biens étoient dans le cens. (a.)
  4. Nemo consult plus Fadiœ dandum, quam posset ad sum legs Vocania pervenire. De finibus bon. et mal., liv. II. c. LV. (M.)
  5. Cum lege Voconia mulieribus prohiberetur ne quam majorem centum millibus nummûm hœreditatem posset adire, liv. LVI. (M.)
  6. Tout ce paragraphe depuis les mots, la loi fixait une certaine somme, manque dans A. B., ainsi que les neuf paragraphes suivants.

    a. Qui census esset, ce que Dion, liv. LVI, explique de celui qui avoit cent mille, c’est-à-dire de celui qui avait le premier cens, comme on peut voir dans Tite-Live, liv. I. et Denys d’Halicarnasse.