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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/261

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LIVRE XXVII, CHAPITRE UNIQUE.

Les lois des premiers Romains sur les saccessions n’ayant pensé qu’à suivre l’esprit du partage des terres, elles ne restreignirent pas assez les richesses des femmes, et laissèrent par là une porte ouverte au luxe, qui est toujours inséparable de ces richesses. Entre la seconde et la troisième guerre Punique, on commença à sentir le mal ; on fit la loi Voconienne [1]. Et comme de très-grandes considérations la firent faire, qu’il ne nous en reste que peu de monuments, et qu’on n’en a jusqu’ici parlé que d’une manière très-confuse, je vais l'éclaircir.

Cicéron nous en a conservé un fragment, qui défend d’instituer une femme héritière, soit qu’elle fût mariée, soit qu’elle ne le fût pas [2].

L'Épitome de Tite-Live, où il est parlé de cette loi, n’en dit pas davantage [3]. Il paroît, par Cicéron [4] et par saint Augustin [5], que la fille, et même la fille unique, étoient comprises dans la prohibition.

Caton l’Ancien contribua de tout son pouvoir à faire recevoir cette loi [6]. Aulugelle cite un fragment de la harangue qu’il fit dans cette occasion [7]. En empêchant les femmes de succéder, il voulut prévenir les causes du luxe, comme en prenant la défense de la loi Oppienne, il voulut arrêter le luxe même.

  1. Quintas Voconias, tribun du peuple, la proposa, en l'an 585 de Rome, 169 ans avant J.-C. Voyez Cicéron, Seconde harangue contre Verrès. Dans l'Epitome de Tite-Live, liv. XLI, il faut lire Voconius, au lieu de Volumnius. (M.)
  2. Sanxit.. ne quis hœredem virginem neve mulierem faceret, Cicéron, Seconde harangue contre Verrès, c. CVII. (M.)
  3. Legem tulit, ne quis hœredem mulierem institueret, liv. XLI. (M.)
  4. Seconde harangue contre Verrès. (M.)
  5. Liv. III de la cité de Dieu. (M.)
  6. Epitome de Tite-Live, liv. XLI. (M.)
  7. Liv. XVII, ch. VI. (M.)