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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/245

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CHAPITRE XX.


QU'IL NE FAUT PAS DÉCIDER
PAR LES PRINCIPES DES LOIS CIVILES LES CHOSES
QUI APPARTIENT AU DROIT DES GENS.


La liberté consiste principalement à ne pouvoir être forcé à faire une chose que la loi n’ordonne pas [1] ; et on n'est dans cet état que parce qu’on est gouverné par des lois civiles : nous sommes donc libres, parce que nous vivons sous des lois civiles.

Il suit de là que les princes, qui ne vivent point entre eux sous des lois civiles, ne sont point libres ; ils sont gouvernés par la force ; ils peuvent continuellement forcer ou être forcés. De là il suit que les traités qu’ils ont faits par force, sont aussi obligatoires que ceux qu’ils auroient faits de bon gré. Quand nous, qui vivons sous des lois civiles, sommes contraints à faire quelque contrat que la loi n’exige pas, nous pouvons, à la faveur de la loi, revenir contre la violence ; mais un prince, qui est toujours dans cet état dans lequel il force ou il est forcé, ne peut pas se plaindre d’un traité qu’on lui a fait faire par violence. C’est comme s’il se plaignoit de son état naturel ; c’est comme s’il vouloit être prince à l’égard des autres princes,

  1. Sup. XI, III.