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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/209

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CHAPITRE IV.


CONTINUATION DU MÊME SUJET.


Gondebaud [1], roi de Bourgogne, vouloit que, si la femme ou le fils de celui qui avoit volé, ne révéloit pas le cri, me ils fussent réduits en esclavage [2]. Cette loi étoit contre la nature. Comment une femme pouvoit-elle être accusatrice de son mari ? Comment un fils pouvoit-il être accusateur de son père ? Pour venger une action criminelle, il en ordonnoit une plus criminelle encore [3].

La loi de [4] Recessuinde permettoit aux enfants de la femme adultère, ou à ceux de son mari, de l’accuser et de mettre à la question les esclaves de la maison. Loi inique, qui, pour conserver les mœurs, renversoit la nature, d’où tirent leur origine les mœurs.

Nous voyons avec plaisir sur nos théâtres un jeune héros montrer autant d'horreur pour découvrir le crime de sa beile-mëre, qu’il en avoit eu pour le crime même ; il ose à peine, dans sa surprise, accusé, jugé, condamné, proscrit et couvert d’infamie, faire quelques réflexions sur

  1. Loi des Bourguignons, tit. XLVII. (M.)
  2. Au profit du volé.
  3. Ce paragraphe est au chapitre III, dans A. B. La fin en est ainsi rédigée : « Cette loi était contre la nature : une femme accusatrice de son mari, un fils accusateur de son père ! Pour venger une action criminelle, on en ordonnoit une plus criminelle encore. »
  4. Dans le Code des Wisigoths, liv. III, tit. IV, § 13. (M.)