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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/201

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CHAPITRE XV.


DE LA PROPAGATION DE LA RELIGION.


Tous les peuples d’Orient, excepté les mahométans, croient toutes les religions en elles-mêmes indifférentes. Ce n'est que comme changement dans le gouvernement, qu’ils craignent l’établissement d’une autre religion. Chez les Japonois, où il y a plusieurs sectes, et où l’État a eu si longtemps un chef ecclésiastique, on ne dispute jamais sur la religion [1]. Il en est de même chez les Siamois [2]. Les Calmouks [3] font plus ; ils se font une affaire de conscience de souffrir toutes sortes de religions. A Calicut [4], c’est une maxime d’État, que toute religion est bonne [5].

Mais il n’en résulte pas qu’une religion apportée d’un pays très-éloigné, et totalement différent de climat, de lois, de mœurs et de manières, ait tout le succès que sa sainteté devroit lui promettre. Cela est surtout vrai dans les grands empires despotiques : on tolère d’abord les étrangers, parce qu’on ne fait point d’attention à ce qui ne

  1. Voyez Kempfer, (M.)
  2. Mémoires du comte de Forbin. (M.)
  3. Histoire des Tartares, partie V. (M.)
  4. Calicut, qui a donné son nom au calicot, est une ville de l'Indoustan, qui a été la capitale d'un royaume de la côte de Coromandel, chanté par Camoens. Aujourd’hui c’est le chef-lieu d’une province anglaise, dans la présidence de Madras.
  5. Voyage de François Pyrard, ch. XXVII. (M.)