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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/19

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CHAPITRE II.


DE LA NATURE DE LA MONNOIE.


La monnoie est un signe qui représente la valeur de toutes les marchandises [1]. On prend quelque métal pour que le signe soit durable [2], qu’il se consomme peu par l'usage, et que, sans se détruire, il soit capable de beaucoup de divisions. On choisit un métal précieux, pour que le signe puisse aisément se transporter. Un métal est très-propre à être une mesure commune, parce qu’on peut aisément le réduire au même titre. Chaque État y met son empreinte, afin que la forme réponde du titre et du poids, et que l’on connoisse l’un et l’autre par la seule inspection.

Les Athéniens, n’ayant point l’usage des métaux, se servirent de bœufs [3], et les Romains de brebis ; mais un bœuf n’est pas la même chose qu’un autre bœuf, comme une pièce de métal peut être la même qu’une autre.

Comme l’argent est le signe des valeurs des marchan-

  1. La monnoie métallique est une valeur qui s’échange contre toute espèce de marchandises ; mais elle a son prix intrinsèque ; ce n’est pas un signe de convention. Autrement, comment serait-elle reçue par les peuples étrangers ?
  2. Le sel dont se sert en Abyssinie, a ce défaut, qu'il se consomme (se détruit) continuellement. (M.)
  3. Hérodote, in Clio, nous dit que les Lydiens trouvèrent l'art de battre la monnoie ; les Grecs le prirent d'eux ; les monnoies d’Athènes eurent pour empreinte leur ancien bœuf. J'ai vu une de ces monnoies dans le cabinet du comte de Pembrocke. (M.)