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Page:Montesquieu - Œuvres complètes, éd. Laboulaye, t5.djvu/188

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DE L’ESPRIT DES LOIS.


tiate, afin que nous ayons tous les jours le moyen d’honorer les dieux [1]. »

Le soin que les hommes doivent avoir de rendre on culte à la divinité, est bien différent de la magnificence de ce culte. Ne lui offrons point nos trésors, si nous ne voulons lui faire voir l’estime que nous faisons des choses qu’elle veut que nous méprisions.

« Que doivent penser les dieux des dons des impies, dit admirablement Platon [2], puisqu’un homme de bien rougiroit de recevoir des présents d’un malhonnête homme ? »

Il ne faut pas que la religion, sous prétexte de dons, exige des peuples ce que les nécessités de l’État leur ont laissé ; et, comme dit Platon [3], des hommes chastes et pieux doivent offrir des dons qui leur ressemblent.

Il ne faudroit pas non plus que la religion encourageât les dépenses des funérailles. Qu’y a-t-il de plus naturel, que d’ôter la différence des fortunes dans une chose et dans les moments qui égalisent toutes les fortunes [4] ?

  1. Plutarque attribue cette belle parole à Lycurgue.
  2. Des Lois, liv. IV. (M.)
  3. Ibid., liv. XII.
  4. Le luxe des funérailles est un luxe de vanité et non pas de superstition, PECQUET, Analyse raisonnée, etc., p. 304. II faudroit aussi qu’il fût libre à chacun de se faire enterrer à aussi peu de frais qu’il vendroit. L'exercice de la sépulture des morts a toujours été envisagé comme un acte religieux. Il cesse de l’être, si c'est un métier qui se paye ; les morts ne sont pas destinés à faire subsister les vivants. Ibid., p. 306.
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